Pour ses 50 ans d’existence, le Chœur de la Cité de Lausanne donnait en mai 2023 à l’église Saint-François le Magnificat et l’Oratorio de l’Ascension de J.S. Bach avec l’Orchestre de Chambre de Lausanne. Cette magnifique expérience fut vécue avec bonheur tant par les choristes, les solistes que par l’orchestre.
Le chœur et l’orchestre lausannois se donnent donc à nouveau rendez-vous en décembre 2025 pour entonner deux Cantates de l’Avent et la Messe en la majeur du grand musicien. Chanter Bach, surtout dans ces œuvres de force et de jubilation, est une pratique qu’un chœur comme celui de la Cité de Lausanne aime vivre le plus régulièrement possible.
La date du 10 décembre, en plein Avent, inspire le choix des deux cantates que Bach destinait à cette période. Elles sont basées toutes deux sur le même choral de Luther : Nun komm der Heiden Heiland (Viens donc, Sauveur des gentils).
La première, BWV 61, est une cantate importante. Elle date de 1714, période où J.S. Bach était musicien de la chapelle ducale de Weimar. De plus, c’est aussi la première cantate que Bach fit entendre à Leipzig, le 28 novembre 1723, quand il entama son cantorat.
C’est, enfin, la première cantate où Bach adopte la forme moderne mise au point par le pasteur Erdmann Neumeister dont il utilise le livret : une alternance de récitatifs et d’airs en solo ou duo, le tout encadré par un chœur d’introduction qui énonce la parole du jour et un choral final.
Cette cantate ouvre solennellement l’année liturgique puisqu’elle est destinée au premier dimanche de l’Avent. Dans une forme d’ouverture majestueuse à la française, les cordes soutiennent le chœur qui proclame la venue du Sauveur.
En 1724, deuxième année de son cantorat à Leipzig, Bach est moins pressé par le temps et compose une œuvre nouvelle pour le premier dimanche de l’Avent. La cantate BWV 62 sera chantée le 3 décembre 1724. D’un caractère un peu différent, mettant l’accent sur le sens de la Nativité pour le chrétien, Bach tisse une riche matière où le choral de Luther triomphe au-dessus des lignes concertantes et virevoltantes de joie des voix et des instruments. La tonalité de si mineur choisie, tonalité du doute et de la souffrance chez Bach, rappelle cependant qu’en très éloquent théologien, Bach symbolise la mort du Christ et la rédemption en même temps que sa naissance.
La Messe en la majeur BWV 234 qu’encadrent ces deux cantates est bien représentative de la production de Bach en dehors de ses oratorios et cantates. Bach nous a laissé quatre messes dites luthériennes (Kyrie et Gloria seuls), ainsi que des fragments de Messe (Kyrie, Gloria, Sanctus). Cette Messe BWV 234 date de 1738. Comme Luther lui-même y encourageait, ces messes sont en grec et latin. Elles sont destinées aux grandes occasions liturgiques (Noël, Pâques, Pentecôte). On ne sait toutefois rien des circonstances qui ont présidé à sa composition. Comme souvent chez Bach, le matériau de base de ses compositions est un réemploi de ses propres cantates. C’est bien ici le cas, avec des réemplois d’airs des cantates BWV 67, 179, 79 et 136, mais transposés, transformés, réécrits dans le détail pour mieux exprimer la rythmique et la teneur du texte de l’ordinaire de la messe.
