Francis Poulenc (1899 – 1963) est l’un des compositeurs majeurs du XXe siècle pour la voix. Chansons à boire, chansons sur des textes d’amis poètes, musique sacrée, a cappella, avec orgue ou orchestre, animé par sa foi profonde, il a eu le génie de mise en musique de la langue et un sens aigu du contrepoint.
Les deux œuvres de ce concert, les plus importantes pour chœur et grand orchestre, mettent en lumière deux faces du musicien : la douleur et la joie.
Le bouleversant Stabat Mater est né de la perte subite d’un ami cher, Christian Bérard, peintre et scénographe. Poulenc choisit d’exprimer la douleur avec le poème du Stabat Mater de Jaco- pone da Todi (XIIIe siècle): la douleur d’une mère (la Vierge) devant son enfant mort (Jésus). L’œuvre est écrite pour orchestre, chœur à 5 voix dont trois masculines qui donnent une couleur plus sombre, une douloureuse mais très douce gravité. La voix de la soprano vient transcender la douleur et illuminer la musique.
Le Gloria, composé 9 ans plus tard en 1959, est « un rire » joyeux, presqu’enfantin, qu’affection- nait le compositeur. Aux personnes offusquées Poulenc répondit : « J’ai pensé, en l’écrivant, à ces fresques de Gozzoli où les anges tirent la langue, et aussi à ces graves bénédictins que j’ai vu un jour jouer au football». Composé également pour soprano, chœur et orchestre, la musique du Gloria impose à la soprano une certaine gravité a contrario du chœur joyeusement débridé.
Douleur tendre, rire désarmant, toute la personnalité contrastée de Poulenc – moine et voyou, comme le définissait Claude Rostand – colorent ces deux chefs-d’œuvre.